Comment la naissance de ma fille a ruiné mon couple

Comment la naissance de ma fille a ruiné mon couple

Dans l’imaginaire collectif, la naissance d’un enfant est perçue comme le plus beau moment d’une vie. Pourtant, le chamboulement que l’arrivée de bébé provoque ne doit pas être pris à la légère.

Contre toute attente, de nombreux couples découvrent sur le tard qu’accueillir un enfant est aussi une épreuve, dont on parle peu principalement par culpabilité.

Lectrice de ce site, Elodie est terriblement fière de la petite fille à qui elle a donné la vie. Même si son couple, lui, n’a pas survécu. Elle a accepté de raconter son histoire pour les lecteurs/trices de Je suis papa.

Couple et enfant : le témoignage d’Elodie

Nous nous sommes rencontrés début décembre 2016 via un site internet. Initialement, on n’était pas du tout dans l’optique de rencontrer quelqu’un : nous étions sur un site d’échange de biens matériel, le bon coin. Je cherchais un colocataire pour réduire les frais de mon loyer et lui cherchait une colocation pour se rapprocher de son lieu de travail. Il a visité mon logement puis m’a proposé une rencontre en dehors pour voir si le feeling passait, si nous allions nous entendre. Deux semaines plus tard, il emménageait. J’étais aux petits soins. Je voulais que mon hôte se sente bien. Le soir, on passait du temps à discuter, le feeling était toujours présent. Peu après le nouvel an, il m’a proposé de monter à la montagne et j’ai accepté. Là-bas, nous nous sommes rapprochés, si bien qu’en revenant, nous n’étions plus colocataires !

Nous sommes très vite tombés amoureux l’un de l’autre. J’ai été séduite par cet homme qui partageait les mêmes aspirations que moi, qui était travailleur et pleins de petites attentions. On partageait nos soirées entre discussions, rêves, jeux sur la console, tout ça accompagné d’un apéro.  On était jeune et on profitait de chaque moment. Nous avons fait notre premier voyage 6 mois plus tard et le second après moins d’un de relation. C’était vraiment parfait, on vivait une véritable idylle. En novembre 2017, nous avons donc pris la décision de concrétiser notre relation en donnant la vie à notre mini nous.  Trois mois après avoir arrêté la pilule, mon test de grossesse s’est avéré positif. J’étais si heureuse ! Je l’ai annoncé au futur papa qui était aussi heureux que moi à l’idée de devenir parent. Il était lui aussi soulagé de savoir qu’il pouvait procréer – allez savoir pourquoi nous avions tous les deux cette crainte.

« A chaque fois, ça finissait en prise de tête »

J’ai vécu une grossesse sans aucun problème, pas de sciatique, pas de rétention d’eau, pas d’alitement, rien. Tout au plus quelques nausées. Papa était présent à toutes les échographies, il y tenait. Il souhaitait un garçon, moi peu m’importait. Et finalement une petite fille fut annoncée !

En dehors des rendez-vous chez le gynécologue, papa travaillait toujours beaucoup, et en rentrant le soir il ne changeait pas ses habitudes. Moi, enceinte, je ne buvais plus une seule goutte d’alcool, alors je l’accompagnais avec des soft. Plus le temps passait et moins on discutait. Il se disait fatigué de sa journée à parler avec les clients alors il ne voulait pas parler et juste se détendre. Il n’avait pas non plus le temps de m’aider aux tâches ménagères. Je sortais même les poubelles, jusqu’au dernier jour de grossesse. Et le week-end, il voulait juste se reposer.

Au fil de ma grossesse, mon caractère a changé, ou plutôt, je me suis affirmée. J’ai fini par lui signifier ce qui me dérangeait. A chaque fois, ça finissait en prise de tête. Je me rappelle d’un épisode, vers la fin de mon 7e mois : je l’avais tellement agacé qu’il était parti s’isoler à la montagne et se défouler. Il avait pris une batte et avait réduit en miettes un vieux cabanon abandonné. Il m’avait envoyé les photos avant de me faire suivre le cliché d’un coucher de soleil, ajoutant qu’il ne pouvait admirer ce paysage sans le partager avec moi.  A ce moment-là, j’étais perdue. Désolée de l’avoir énervé à ce point, et contrariée de constater tout ce qu’il restait à faire à la maison pour accueillir bébé dans de bonnes conditions.

J’ai monté le lit seule, j’ai repeint et décoré la chambre, j’ai même installé de nouveaux meubles dans la cuisine pour la rendre moins dangereuse. J’ai fini par me montrer de plus en plus exigeante envers lui-mais je ne pouvais pas l’exprimer car ce n’était jamais le moment, « on avait encore le temps » où d’autres raisons. Je gardais tout en moi, je n’en parlais à personne. Ma famille mes amis, tout le monde me croyait heureuse. Je le croyais aussi. Mais de moins en moins.

Accouchement : « il a oublié d’envoyer un message à ma mère »

Vint le jour de l’accouchement. Papa était là, il me regardait faire, impuissant face à la douleur, mais je gérais. Au bout d’un moment – je ne sais pas combien de temps ça a duré – ma fille est née, sans forceps ni ventouses, grâce à l’aide des sages-femmes, de mon gynécologue et du papa qui m’a beaucoup dit de « prendre sur moi, elle est juste au bord, pousse ».

On m’a invité à tendre mes mains pour l’attraper, et la prendre sur ma poitrine. Elle était si petite. Sur le coup, je n’ai rien réalisé du tout. Rien à voir avec ces films ou émissions à la télévision dans lesquels les femmes pleurent instantanément à la vue de leur bébé. J’ai eu du mal à réaliser que je venais de donner la vie à ce mignon petit bébé. Après un moment de peau à peau, On l’a pesée et préparée. Puis nous sommes remontés tous les trois dans la chambre.

Je pense que c’est à partir de cet instant que j’ai commencé à être déçue par le papa. Il était chargé de prévenir la famille de l’arrivée de bébé. Et il a oublié d’envoyer un message à ma mère. Tout le monde a reçu un message sauf elle. J’aurais dû m’en charger moi-même.

La première nuit, il est parti dormir à la maison. Nous – bébé et moi – sommes restées en tête à tête. En apprentissage de l’allaitement, je n’ai pas dormi de la nuit. Pour moi ce moment fut très douloureux, des crevasses se sont vite formées, c’était insoutenable. Pour le premier bain, papa n’étais pas là, il avait choisi avec mon accord de prendre ses jours un peu plus tard – encore une erreur de ma part. Alors, j’ai demandé aux sages-femmes si c’était possible d’attendre le papa pour le deuxième bain. Elles étaient d’accord mais à ma grande surprise, papa m’a répondu que ce n’était pas la peine car « il savait faire ». Et cette phrase, j’allais y avoir droit à maintes reprises.

Nous avons quitté la clinique 3 où 4 jours après la naissance de la puce. Papa ne dépassait pas les 30km/h, littéralement. C’était assez drôle, je dois l’avouer. C’était la période de Noël. En rentrant dans l’appartement, il y avait notre grand et beau sapin. Papa déposa bébé devant, au centre du salon. C’est ce jour-là que j’ai pleuré, que j’ai réalisé que nous avions un bébé. Toutes les émotions sont montées d’un coup, et j’ai eu chaud au cœur.

« Depuis ce jour, je ne l’ai plus jamais laissée seule avec lui »

Les premières nuits furent mouvementées. Nous gardions bébé en cododo. Dès qu’elle pleurait pour manger je la prenais avec moi dans le salon. Elle a fait ses nuits au bout d’un mois, de 23h à 6h. Quand bébé se réveillait la nuit, c’était toujours moi qui me levais, jamais papa. Je ne lui ai jamais demandé car je pensais que ce n’étais pas à moi de lui dire. Mais il ne s’est jamais proposé. Un jour, bien plus tard, je lui en ai parlé. Il m’a répondu qu’il devait travailler le lendemain et moi pas donc il fallait qu’il dorme. La journée, quand il était là, il ne changeait pas les couches, parce qu’ « il savait faire » et que les couches caca étaient sont pires cauchemars. Il avait peur de l’odeur, de vomir sur elle…

Un week-end, j’ai fait les courses en ligne. Je suis donc allée chercher ma commande, je les ai laissés tous les deux, trente minutes. Lorsque je suis revenue, papa m’attendait derrière la porte. Il me dit : « viens vite, elle a fait caca ». Immédiatement, je lui ai demandé où elle était, et la réponse ne m’a pas plu du tout : « sur la table à langer ». Il l’avait laissé seule, je ne sais pas combien de temps, sans prendre conscience du danger.

Depuis ce jour, je ne l’ai plus jamais laissée seule avec lui, et notre relation est devenue de plus en plus difficile, tendue… Papa n’a pas modifié sa façon de vivre : apéro tous les soirs et soirées jusqu’au bout de la nuit.  Je me souviens que lorsqu’il rentrait tard, il lui arrivait de prendre des douches en chantant, en pleine nuit, sans prendre conscience que la petite dormait. Je lui ai demandé plusieurs fois de se calmer mais à part engendrer des disputes, je ne voyais pas d’améliorations.

Tout ce que je pouvais lui dire était alors reçu comme un reproche. Chaque remarque finissait en dispute, et je n’arrivais plus à garder les choses pour moi. C’est en discutant de la situation avec ma meilleure amie que je me suis rendue compte qu’elle était grave et que je devais prendre une décision. Aux trois mois de bébé, j’ai laissé papa seul quelques jours. Le temps de faire le point chacun de notre côté, d’analyser comment sauver notre couple, notre famille.

Deux mois plus tard, nous nous séparions pour de bon.

« le psy m’a diagnostiqué une dépression post partum »

Quand bébé a eu 8 mois, je suis allée consulter un psychiatre car je me sentais de plus en plus mal dans ma peau. J’étais en colère très, trop facilement. J’étais prête à me jeter sur le premier qui me dirait un truc de travers pour me battre, alors qu’habituellement, je suis douce et gentille. Je commençais à avoir des idées noires, je me voyais me jeter du haut d’une falaise ou d’un pont, me faire mal… Au final, le psy m’a diagnostiqué une dépression post partum. Il m’a expliqué qu’elle pouvait se déclencher au cours de la première année. Depuis, je vis sous anti-dépresseur. Le traitement doit durer un an. Il n’est pas censé provoquer d’effets indésirables. J’en ai tout de même un. Je n’ai plus de libido depuis des mois.

Avec le recul, je prends conscience des choses que papa m’a dite qui furent terribles à mes oreilles : « tu n’as pas l’instinct maternelle, moi si, mais t’inquiète ça viendra peut-être ». Avec le recul, je suis convaincu que ces paroles blessantes ont nécessairement contribué au déclenchement de la dépression post partum.

Aujourd’hui, lorsqu’une amie tombe enceinte, je ne peux m’empêcher de partager quelques conseils : premièrement, profite de ta grossesse à fond, assure-toi qu’on te traite comme une reine. Deuxièmement, discute avec le futur papa autant que nécessaire. Partagez vos aspirations, vos craintes, vos attentes et vos souhaits. Je crois aussi qu’il est capital de préserver son couple, de déléguer, et de laisser de la place au papa pour qu’il puisse jouer son rôle.

Et je conseille vivement aux jeunes couples trop pressés de prendre leur temps, de profiter l’un de l’autre, d’apprendre à se connaitre vraiment, d’échanger encore et encore parce que, vraiment, un enfant, ça change la vie plus qu’on ne le croit. Ma fille, j’en suis fière, c’est ma plus belle réussite. Et je ne me vois pas vivre sans elle. Je ne regrette pas de lui avoir donné la vie, ni la manière dont je l’ai eu. Mais maintenant nous somme des parents solos. Notre fille grandira avec des parents séparés alors qu’on aurait pu éviter.

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Article posté le 16 mars 2020 et mis à jour le 2 avril 2020 dans Vos témoignages

Par Olivier

Papa d'une petite fille belle comme le jour, Olivier est aussi le fondateur de Je suis papa en 2011. Même si sa photo de profil ne le montre pas, sa paternité lui a fait perdre tous ses cheveux, mais pas le moral. C'est déjà ça ! Convaincu que les enfants sont l'avenir du monde, il milite pour faire entrer Peppa Pig à l'Elysée. Un poil lunatique, il retrouve en général le sourire autour d'un bon verre de vin. 


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