Le coup de massue

père et fille

Dans les mots d’un enfant se cachent parfois des émotions qu’on ne soupçonne pas. De celles qui bouleversent quand vous en prenez conscience.

Ce jour-là, alors que nous venions de rentrer de l’école, Mychoup’ avait pour une fois très envie de me raconter sa journée. Il faut dire qu’elle attendait depuis longtemps cette visite à la caverne des pompiers.

– « Pour y aller, on a pris le bus et on est passé devant votre maison », a-t-elle lancé, encore toute excitée par son aventure du jour.

– « Votre maison ? Comment ça ? », m’étonnais-je.

– « Ben oui, on est passé là, juste devant votre maison », me répondit-elle, pointant du doigt la fenêtre qui donnait sur le boulevard.

Pensant qu’elle commettait probablement une erreur dans l’utilisation des pronoms, je me permis alors de lui apporter une précision, sans imaginer une seule seconde la nature réelle de sa réflexion du moment. « Cette maison est notre maison. La mienne, celle de maman et la tienne. C’est notre maison. Elle est à toi autant qu’à nous. »

A cet instant précis, je compris que les tergiversations de Mychoup’ trahissaient visiblement le poids qu’elle avait sur le cœur et qu’elle aurait préféré ne pas évoquer. Mais sans se démonter, elle reprit : « non, c’est votre maison. Moi je suis… euh… c’est comme si j’étais invitée. »

– « Invitée ? Pourquoi tu dis ça ? »

– « Parce que vous ne vouliez pas vraiment d’enfant. Mais vous m’avez eu quand même et vous vous occupez de moi. Alors, c’est un peu comme si j’étais invitée. »

C’est à ce moment-là que mon cœur s’est arrêté de battre. A ce moment-là que mes yeux se sont plantés dans les siens comme pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une mauvaise blague. A ce moment-là que mes neurones se sont mises à vrombir pour tenter de comprendre ce qui l’autorisait à émettre ce type de déductions.

Ma princesse, ma prunelle, mon Amérique à moi. Comment ce genre de réflexion pouvait-il traverser l’esprit d’une petite fille d’à peine 5 ans ?

Et puis, j’ai compris.

– « Mon amour, Nous ne voulons pas de petit frère ou de petite sœur, c’est vrai. Et nous le clamons haut et fort à ceux qui nous le demandent. Mais tu dois savoir que nous t’avons désiré plus que tout au monde », lui ai-je expliqué, mon regard agrippé au sien pour m’assurer qu’elle ne manquait pas une miette de ce que je lui racontais.

– « Avoir un enfant était notre plus grand rêve, mais la petite graine ne faisait pas son œuvre. Alors, nous t’avons attendu, attendu et attendu encore. Et un jour, alors que nous allions tourner la page, nous avons appris que tu t’étais installé dans le ventre de ta maman. Quelques mois après, tu es née et ce fut le plus beau jour de notre vie. N’oublie jamais que nous avons toujours voulu t’avoir à nos côtés, n’oublie jamais que nous t’aimerons toujours, n’oublie jamais que vivre avec toi est le plus grand des bonheurs, n’oublie jamais que cette maison est ta maison, quoiqu’il arrive. »

Elle m’a regardé fixement, je l’ai serré dans mes bras, elle a posé sa tête sur mon épaule, je lui ai dit que je l’aimais et on a joué au Playmobil.

Crédit photo : un père et sa fille parle sérieusement

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Article posté le 21 avril 2016 dans Tranches de vie

Par Olivier

Papa d'une petite fille belle comme le jour, Olivier est aussi le fondateur de Je suis papa en 2011. Même si sa photo de profil ne le montre pas, sa paternité lui a fait perdre tous ses cheveux, mais pas le moral. C'est déjà ça ! Convaincu que les enfants sont l'avenir du monde, il milite pour faire entrer Peppa Pig à l'Elysée. Un poil lunatique, il retrouve en général le sourire autour d'un bon verre de vin. 


33 COMMENTAIRES

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  1. Emma June
    le

    Les enfants ont ce don de sortir la phrase qui nous pique!
    Mon fiston m’a dit presque la même chose (on veut aussi un enfant unique et il le sait, ceci explique peut-être cela).
    Il nous a aussi dit « je ne ferai pas d’enfant, comme ça, vous ne serez pas papy et mamy, juste mes parents à moi et on vivra tous ensemble avec ma femme » …dans la tête d’un 5 ans, il s’en passe des choses!
    Je lui ai dis qu’il avait le temps de réfléchir et que tant qu’il était heureux, nous le serions aussi 🙂

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    • Olivier
      le

      A vrai dire, je ne pense même pas qu’elle voulait me piquer. c’est sorti du coeur. J’ai même senti que sa réponse n’était pas maitrisée et qu’elle aurait préféré ne pas m’en parler. Ce qui m’a fait encore plus de mal car je lui répète souvent qu’on peut se dire les choses sans problème.
      Heureusement, nous avons pu en discuter et je crois que nos échanges ont modifié sa représentation. Enfin, j’espère…
      Mais tu as raison, il se passe beaucoup de choses dans la tête d’un 5 ans. C’est impressionnant !

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      • Emma June
        le

        Je ne voulais pas dire « piquer » dans le sens intentionnel mais dans le côté pertinent (à leur manière) de ce genre de questionnement.
        Comme tu le dis, maintenir la communication c’est primordial.
        Ceci étant, comme pour ça, ils ne veulent pas nous blesser je pense, d’où les phrases qui sortent à l’improviste…

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        • Olivier
          le

          Voilà oui, la profondeur de certaines des réflexions de nos enfants me laissent aussi pantois parfois. Ils nous livrent leurs remarques, brutes et sans fioritures. C’est parfois dur à encaisser mais il n’y a aucune intention blessante derrière, juste un ressenti.

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    • Olivier
      le

      Oui, c’est le genre de répliques auxquelles tu ne t’attends pas et qui font l’effet d’une bonne gifle. Mais bon, mieux vaut l’entendre que passer à côté…

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  2. Fanny
    le

    Tu m’as arraché une larme…et même deux ou trois (les hormones sans doute!). C’est fou tout ce qui peut leur traverser l’esprit à nos petits bouts!

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    • Olivier
      le

      Je suis content qu’elle ait pu en parler, mais je crains aussi toutes ces émotions qui restent enfouies et qu’elle nous tait pour mille raisons.

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  3. audrey
    le

    ça nous est arrivé il y a peu de temps…avec notre 11 ans, nous avons croisés un SDF, une tout jeune SDF, avec un chien…
    dans la voiture, elle s’est mise à pleurer quand on lui a demandé pourquoi elle pleurait parce que franchement nous on avait rien capté
    Elle nous a alors dit qu’elle avait peur, parce qu’elle ne savait pas encore ce qu’elle voulait faire dans la vie(rentré en 6eme qui approche….), et que si elle ne trouvait pas, elle finirait comme ce jeune homme, toute seule, avec un chien…
    On a du la rassurer en lui disant que quoi qu’il arrive elle aurait toujours un toit chez nous…
    Et là on s’est mangé :  » et si jamais vous mourrez , on va allez ou mon frère et moi? si on ne trouve pas de travail chez qui on pourra habiter »
    chez une de tes tatas ou tonton. parce qu’on est une famille et qu’on s’aime et qu’on ne se laisse pas tomber.

    gros silence…c’était très difficile comme conversation…à 11 ans on trouve réponse (négative souvent) à tout. Et c’est pas toujours évident de rassurer ses enfants.

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    • Olivier
      le

      Quand nos enfants se mettent à cogiter sur des questions existentielles, les émotions sont souvent brutes mais elles traduisent aussi ce feu qui les agite continuellement. C’est beau et flippant à la fois.

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  4. Morgane
    le

    Les enfants ont ce don de savoir nous atteindre en plein coeur, et parfois ça fait mal… Comme je te comprends. L’autre jour, voilà ce que ma Mini de 3 ans et demi m’a dit :
    « – Est ce que tu vas rester avec nous toute l’année ? (la plus grande unité de mesure du temps à ses yeux!)
    – Bien sûr que oui ma chérie. Pourquoi me demandes-tu ça?
    – Tu vas pas partir dans une autre famille ?
    – Mais bien sûr que non ma chérie… On reste tous les 3 à la maison.
    – Moi je croyais que tu allais partir habiter avec une autre famille… »
    J’en suis restée sans voix ! Je crois que ce jour là, je lui ai fait le plus gros câlin du monde!..

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    • Olivier
      le

      Si tu dois être curieuse de savoir comment elle a pu imaginer de telles choses, tu dois aussi être rassurée de constater qu’elle peut t’en parler facilement. Et ça, c’est un vrai soulagement…

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  5. Barbara
    le

    C’est toujours très émouvant de voir comment les enfants ressentent les choses. J’ai versé ma petite larme devant mon ordi (au boulot…j’avoue). Effectivement, le pire serait de ne pas oser parler et passer à côté des réponses qui pourront les rassurer.

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  6. Caro
    le

    Bonjour à tous.
    C’est quand même dingue comment nos petits peuvent nous chambouler en 1 phrase 1 question…..
    Mon petit loup de 7 ans me demande tous les jours si quand je serais au paradis je prendrais soin de lui….Et si c’est cette nuit que je vais mourir…Et si je rentre bien ce soir.
    Bon ok en mai dernier j’ai faillis ne jamais revenir suite à ma maladie….Et j’ai été obligé de lui parler de la mort à ce moment là. sans minimiser mais en lui expliquant que c’était triste mais naturel et que même si je suis plus la un jour.je pourrais toujours prendre soin de lui par l’amour de mon coeur….
    Et quand il me pose trop le question…Je lui dit aussi. ..C’est pas dans mon programme et que demain il pourra compter sur moi pour le reveiller

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    • Olivier
      le

      On évoque aussi souvent la question de la mort ici. D’ailleurs, elle a très vite été démystifiée car la maman de Mychoup’ travaille dans un environnement ou la mort rode tous les jours. Mychoup’ y va de temps en temps et semble assez sereine avec cette question du coup, même si je crois qu’elle ne s’autorise pas trop à y penser pour l’instant.
      J’aime bien la chute de ton échange avec ton môme : l’idée de lui dire que tu seras là demain pour le réveiller. Après une discussion qui peut laisser des perspectives sombres, ça remet le choses à leur place en l’invitant à profiter de chaque moment.

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  7. Allychachoo - Famille en chantier
    le

    Wô. Dur d’encaisser ce genre de discussions, c’est dingue ce qui peut passer par la tête des enfants ! Remarque, j’ai des souvenirs assez jeune de choses qui m’ont énormément fait cogiter à l’époque, comme quoi…

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      • Olivier
        le

        Un peu triste, émouvant mais surtout plein de joie. La joie de constater qu’on peut discuter de (presque) tout entre père et fille. Même si elle cultive son jardin secret, ça me rassure drôlement.

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  8. Vivie, Mes passe-temps.
    le

    Une de mes amies a une expression qui correspond exactement a ce genre de situation. Elle compare les enfants à des éponges émotionnelles, oui, je sais au début ça peut surprendre mais c’est tellement vrai. L’article ci-dessus et les commentaires le prouve, des petites choses anodines pour nous, peuvent se révéler être des émotions pures pour nos enfants.

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  9. Sweetdaddy
    le

    Si je mets de côté l’éponge émotionnelle mentionnée par Vivi, qui est tout à fait juste à mon sens, la chute de la situation montre à quel point les enfants ont cette faculté à passer d’une chose à une autre (genre un truc super important/profond à un truc…futile, le jeu quoi) dans la seconde !

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