Une journée dans la peau d’un chiard

6 Juin 2014

ma vie de chiard

Quel serait ma vie si j’étais un bébé, un mouflon de moins de 3 ans d’âge, à peine affiné et mal vieilli en fût de chêne ?

Non, nos enfants ne se rendent définitivement pas compte de la chance qu’ils ont de mener la vie de nabab que nous leur offrons sur un plateau. Heureusement, ça ne durera qu’un temps.

En attendant, dans mes songes les plus doux, je me mets à rêver d’une vie simple et insouciante, comme celle d’un chiard convaincu que l’univers tourne autour de son nombril.

Si j’étais un chiard…

7h20 : Ce n’est pas parce que mes parents m’ont offert ce nouveau super lit sans barreaux que je vais m’en extraire tout seul, les privant par là-même de la joie de me retrouver de si bon matin, l’humeur joyeuse et l’haleine fraîche. Je hurle donc à m’en décrocher les poumons jusqu’à l’exfiltration tant attendu.

7h45 : Je m’installe dans le canapé pendant que papa prépare mon biberon. Je réclame une cracotte au Nutella, que je dégusterai devant Tchoupi. Et comme mes remp’s n’ont ni l’humeur ni le temps de négocier au saut du lit, j’en profite pour quémander un Chokobon. La journée commence plutôt bien.

8h : Après avoir changé 4 fois de tenue et enchainé 18 allers retours entre la salle de bain et la chambre, ma mère s’inquiète (enfin) de constater que je ne suis pas habillé. Evidemment, je refuse de m’y atteler en solo, au risque de manquer la fin de Peppa Pig.

8h20 : Aujourd’hui, c’est samedi. Cool, je fais pouvoir tester mes super-pouvoirs, ceux qui poussent en général mes vieux vers la crise de nerf avant le coucher du soleil. Du coup, je prends mes fringues et les jette sous le canapé, ni vu ni connu.

8h30 : Bon, je me suis fait gauler par papa. Mais je ne bougerai pas le petit doigt pour l’aider à m’enfiler cette tunique. Et puis tiens, pour l’emmerder je vais piquer un scandale : « Oh non papa, veux pas ce pantalon. Veux une robe moi ! » Après 10 minutes de négo, il finit par céder : Nan mais Regardez-le courir dans les escaliers pour aller me chercher une nouvelle tenue, ce bouffon. Putain, qu’est-ce qu’on se marre !

9h : Papa veut aller en ville faire des courses. Moi, je veux faire de la trottinette avec ma poupée. Finalement, on a trouvé un terrain d’entente, on va en ville en trottinette avec la poupée, et son sac à langer évidemment.

10h : Le vrai bonheur quand on fait du lèche-vitrine, c’est de disposer d’un groom. Mes congénères et moi l’avons bien compris, nous qui n’hésitons pas à refiler à nos vieux les 12 jouets que nous emmenons à chacune de nos sorties. « Papa, moi veux plus faire de trottinette, j’en ai marre ! »

11h : Cool, on s’arrête dans mon troquet préféré, celui où je peux chiper le gâteau servi avec le café de papa. Trop bien ! Je demande un jus d’orange avec une paille mais je ne moufte pas trop, parce que le serveur a l’air balaise. Pas comme mon papa qui ne m’impressionne plus du tout depuis que j’aligne un pied devant l’autre sans assistance (sauf quand il affiche sa tête des mauvais jours).

12h : Mon père est un salaud. J’ai mal aux pieds mais il ne veut pas me porter jusqu’à la maison. Tout ça parce qu’il trimballe déjà ma trottinette, ma poupée, son sac à langer et un ou deux trucs inutiles achetés dans des magasins pas marrants. Du coup, je me venge en hurlant à la mort jusqu’à la maison. Bien fait pour ses oreilles de connard !

12h30 : Mon daron vient de me servir une plâtrée de brocolis. Je le soupçonne de vouloir se venger. C’est bas et petit. M’en fous, j’vais tout recracher en mimant le cocker atteint d’une gastro foudroyante.

13h : Comme prévu, accroupi au sol, mon papa nettoie les dégâts collatéraux générés par le déjeuner du jour, pendant que je joue à la poupée. Bref, je rigole en silence.

13h15 : La sieste, ce moment privilégié entre un père et sa fille. Et là, autant te dire que je vais lui sortir le grand jeu. Après deux livres, je me couche donc en silence, tel un éléphant planqué derrière une pâquerette.

13h30 : « Papa, j’ai perdu ma tétineeeeuuuhhh ! »

13h35 : « Papaaaaa ? J’ai soif ! »

13h40 : « J’ai chaud papaaaaaeeeeuuuhhh ! »

13h45 : « Papa, je veux faire pipi ! »

13h50 : « Papa, chante-moi une chanson ! »

13h55 : « Papa ? Il est l’heure de se réveillllleeeeerrrrrr ! »

14h30 : Mon vieux a accepté de me sortir du lit, il m’a habillé manu militari, et hop, on file au parc. Je sens qu’il commence à qué-cra comme on dit. Mais comme je ne suis pas une bête sans âme, je vais lui laisser 50, 30, 20 minutes de répit.

14h50 : J’ai la dalle. En théorie, mon-papa-qui-pense-à-tout a prévu un gouter avec gâteaux au chocolat, compote et eau qui pétille. Du coup, je vais plutôt piailler un yaourt à la framboise.

15h10 : je me roule par terre, parce qu’il n’y a pas de yaourt.

15h20 : Je ne comprends pas. Normalement, mort de honte, il réagit au bout de deux minutes. Et là, rien. Il me regarde bouffer la poussière ce pervers. ’Tain, si j’avais un téléphone, j’appellerai la Ddass illico.

16h : Oui, j’ai vu qu’il y avait déjà une petite fille sur le jeu que je convoitais. Non, je ne serai pas courtois.  En plus, elle est plus petite que moi, je devrais pouvoir lui faire peur sans besoin de lui coller une raclée. Et si son grand frère se pointe, j’appellerai mon papa.

16h30 : Merde, la petite fille n’a pas de grand frère, mais 5 cousins aux mines patibulaires. Et mon ancêtre qui ne bouge même pas le petit doigt. C’est bien la peine d’entretenir un père si c’est pour obtenir ce genre de récompense.

17h : C’est l’heure d’aller retrouver maman. Ca tombe bien, je trouvais que mon patriarche commençait à pâlir. Allez, je fais mine de traverser la route en courant, à l’envers, à cloche pied, et les yeux fermés, pour voir s’il est encore attentif et on rentre. Ben quoi, on est chiard ou on ne l’est pas !

17h15 : Je raconte ma journée à ma maman chérie. C’était super génial, on a mangé des gâteaux et du chocolat, joué au parc et même fait de la trottinette.  Pourquoi papa est tout blanc ? Booooffff, il doit être fatigué. Allez viens, on va jouer !

Et vous ? Comment imaginez-vous votre journée si vous deviez revivre dans la peau d’un chiard ? Quels étaient vos caprices préférés lorsque vous étiez enfant ?  

D’autres tranches de vie de papa ? Lisez Comment résister aux assauts d’un chiard de deux ans ?, Ces moments où je me cacherais volontiers dans un trou de souris, Le coup de l’eau froide… tous les articles sur ma vie de papa sont ici.

Photo Credit: Purple Sherbet Photography via Compfight cc

16 réponses to “Une journée dans la peau d’un chiard”

  1. Steph 6 juin 2014 at 15 h 37 min #

    Moi je commencerai par réclamer des chokobons toutes les 3 minutes, en faisant du vélo dans le salon ! Youhou !

  2. Ev@ 6 juin 2014 at 15 h 39 min #

    C’est tellement bien raconté!! et tellement vrai,
    J’aime bien le cocker atteint d’une gastro foudroyante 😉
    C’est vraiment une journée type aussi chez nous, elle ne parle pas hyper bien mais je suis sûre qu’elle se dit tout ça dans sa tête ma zouzou de 22 mois lol

    • Olivier 6 juin 2014 at 16 h 03 min #

      Et bien dis-toi que quand elle parlera, elle fera la même chose en plus bruyant 😉

  3. Clarisse 6 juin 2014 at 21 h 33 min #

    La description du matin est fabuleuse ! Tellement réaliste haha

  4. netaddicta 6 juin 2014 at 23 h 01 min #

    8h40 « oui je sais on est en retard comme tous les matins, pas la peine de me le redire et non je ne dérogerais pas à la règle d’attacher ma poupée avec la ceinture de sécurité. Je prends bien le temps de la mettre assise, de tirer la ceinture, de la réajuster pour qu’elle puisse voir la route et à ma mère qui me supplie de me presser, je réplique « mais maman faut attacher sinon c’est dangereux » et vlan elle peut rien dire c’est elle qui me l’a seriné »

    • Olivier 9 juin 2014 at 8 h 48 min #

      Estime-toi heureuse qu’elle n’exige pas un siège-auto pour sa poupée… sinon ces retards vont en plus te coûter un bras 😉

  5. Valou 7 juin 2014 at 21 h 11 min #

    Le coup de la sieste, on la refait bien évidemment le soir au ooucher… Je me demande d ailleurs ou vont les 10 litres d eau qu elle s enfile tous les soirs quand on la couche… Nous, on a en prime « j ai mal à la gorge, au bidon, aux oreilles, aux bras  » (tout en même tps pour faire plus vrai évidemment)

    sinon, je rajouterai :
    « Et si je mettais la moitié de l eau du bain par terre pour voir si les jouets du bain, que j ai préalablement foutus avant par terre, savent nager… »

    • Olivier 9 juin 2014 at 8 h 50 min #

      Les expériences, c’est passionnant. Et hop une carrière de trouvée : scientifique !

  6. Doudou 10 juin 2014 at 13 h 12 min #

    ^_^
    Tu as trouvé tous les synonimes de Père dans ton post je crois :p
    Tu serais une sale gosse j’ai l’impression hum **’

    • Olivier 10 juin 2014 at 13 h 21 min #

      Les chats ne faisant pas des chiens, il est possible que je sois toujours un sale gosse en effet 😉

  7. Emilie 14 juin 2014 at 16 h 04 min #

    Ah la la! Quel plaisir de vous lire!!
    A croire qu’on a tous commandé le même modèle d’enfant!

    • Olivier 16 juin 2014 at 9 h 14 min #

      L’apparence est différente, mais c’est toujours le même moteur sous le capot comme dirait mon garagiste !

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