Comment j’organise ma vie de papa de jumeaux ?

papa-jumeaux

On est le samedi 19 septembre 2020, il est 7 h du matin. Je suis tranquillement allongé dans mon lit, somnolant, quand j’entends Pauline crier, « Kévin, je suis enceinte ».

Pauline le pressentait. Elle s’est levée ce matin-là et est allée aux toilettes faire un test de grossesse, acheté la veille pour se rassurer. Elle avait enlevé son stérilet et devait en remettre un peu de temps après. Entre temps nous avions décidé de nous protéger.

Je suis resté abasourdi. Comment était-ce possible ? Le moment était tellement mal choisi. Pauline allait commencer un nouveau poste de direction, et moi, je devais partir en formation en alternance pendant 1 an, à l’autre bout de la France. Toutes les conditions étaient réunies pour que ce soit pile le mauvais moment.

« Devons-nous ou non garder le bébé ? »

Nous avons attendu que les pharmacies ouvrent pour acheter d’autres tests de grossesse. Nous devions être sûrs. On l’a été très rapidement, lorsque les 4 tests supplémentaires sont ressortis positifs. Plus de doute… nous allions devenir parents.

Les semaines suivantes ont été très longues. Pauline a pris rendez-vous pour une prise de sang qui s’est révélée également positive. S’en est suivie une longue période d’interrogation. Devions-nous ou non garder le bébé ? On s’est donné un temps de réflexion pour prendre la meilleure décision. Elle allait impacter notre vie personnelle et professionnelle.

Et puis il y a eu cette première échographie et ce bouleversement dont je me souviens encore. J’entends encore cette phrase dans la bouche de la sage-femme « Ah. Il y en a AU MOINS DEUX, je n’arrive pas à distinguer s’il y en a un troisième ou non ».

« 2 bébés pour 2 histoires, c’est forcément un signe »

On a attendu 2 semaines pour refaire une échographie. La confirmation est tombée, c’était bien des jumeaux et non des triplés.

C’était forcément un signe. Avec Pauline notre chiffre est le 2. On a toujours été raccordés à ce chiffre. On a eu une 1re histoire d’amour tous les deux, à l’âge de 14 ans. Un amour de jeunesse qui a duré 1 an ½. On s’est quitté et avons fait notre vie chacun de notre côté avant de nous retrouver après 10 ans de séparation.

2 bébés pour 2 histoires, c’est forcément un signe ! On a pesé le pour et le contre et nous avons décidé de les garder. Malgré tout ce que ça impliquait.

On avait pris les paris ! Je m’imaginais déjà père de deux petites filles. Pauline, elle, avait parié sur deux garçons. Elle a eu raison, comme d’habitude. On a su assez vite que nous attendions des jumeaux monozygotes (des vrais-jumeaux comme on les appelle plus communément, même si je n’aime pas utiliser ce terme).

« Nous avons fait beaucoup de listes pour nous organiser »

Nous avons consacré les mois suivants à organiser l’arrivée de nos garçons. Nous avons réalisé de nombreuses listes sur lesquelles nous écrivions les différents achats à réaliser. Nous nous sommes renseignés au maximum sur ce qui était utile ou non. Il ne faut pas oublier qu’avec des jumeaux les frais sont plus importants. Nous ne pouvions laisser que très peu de place au superflu.

La chambre a été notre premier achat. Nous avons vraiment pris conscience qu’on allait devenir parents en préparant cette pièce. Installer les lits, la table à langer, le coffre à jouets ou encore la petite armoire dans la chambre d’ami nous a fait prendre conscience que bientôt nous passerions une grande partie de notre temps dans cette nouvelle pièce.

« Les médecins ont opté pour une grossesse programmée »

Pauline a débuté son nouvel emploi et moi ma formation à l’autre bout de la France. On se voyait essentiellement le week-end au début. Et puis le Covid est arrivé. J’ai pu suivre une partie de ma formation en distanciel. Une aubaine pour nous 2 !

Nous étions dans notre bulle. On se préparait doucement à devenir parents, sans savoir vraiment ce que tout cela impliquait. C’était un moment de notre vie vraiment à part où on se sentait épanouis.

Pauline a eu une grossesse relativement facile malgré quelques frayeurs et quelques aller-retour aux urgences. Mais globalement, c’était une grossesse plutôt cool.

Nous arrivons au terme de ce long voyage. Les médecins optent pour un accouchement programmé. Rendez-vous le 10 mai 2021 ! Le jour J, nous arrivons à l’hôpital excités et heureux à l’idée de devenir parents.

Malheureusement, de nombreux accouchements ce jour-là obligent le personnel à nous donner rendez-vous le lendemain. On rentre à la maison, dépités, en espérant que le lendemain se déroulerait mieux.

« Nous allons devenir parents »

11 mai 2021. On se prépare de nouveau au grand jour. On arrive à l’hôpital et cette fois-ci les conditions sont optimales. Très peu d’accouchements spontanés. Les salles sont vides. Le jour est enfin arrivé ! Nous allons devenir parents.

Pauline commence le travail. Une fois la poche des eaux percée, elle est placée sous ocytocine et nous attendons, dans la chambre, que le col se dilate. Le travail progresse rapidement. L’accouchement devrait se faire en fin d’après-midi. Tout se passe merveilleusement bien, le personnel est adorable et prends soin de Pauline.

Tout s’accélère vers 22h50. Après 15h de souffrance et de travail, le dernier examen met en évidence un problème. Aubin s’est retourné et a placé l’arrête de son nez en évidence, il est bloqué et ne pourra pas sortir comme ça.

En parallèle le rythme cardiaque de Léon commence à baisser. Alors que tout se passait à merveille, le tableau se noircit. On passe du rire à la peur en quelques secondes. L’équipe médicale n’a qu’un seul mot à la bouche ; « Césarienne d’urgence ».

Comment ça se passe ? Pourquoi personne ne nous a informés qu’une opération comme celle-ci était possible, voire probable ? Tellement d’incompréhensions, tellement d’incertitude et de peur également.

On me laisse dans la chambre pendant que Pauline est amenée au bloc. On m’appelle quelques minutes plus tard pour la rejoindre.

« Notre projet de naissance s’effondre »

Cette fois ça y est, nous y sommes ! Mais ce n’est pas l’accouchement dont on rêvait. Nous ne sommes pas en salle d’accouchement, mais au bloc opératoire. Notre projet de naissance s’effondre, les lumières douces que l’on voulait s’envolent et la musique apaisante a disparu en même temps que cette annonce.

Pauline est allongée sur cette table du bloc opératoire, un voile cache toute la scène et je ne vois rien de ce qui se passe. On lui demande de pousser une première fois. Des premiers pleurs se vont alors entendre. Aubin est arrivé à 23 h 15, en bonne santé.

On demande à Pauline de pousser une seconde fois. Mais rien… Où est Léon ? Où est mon fils ? On demande à le voir et on nous le présente quelques secondes plus tard. Le personnel médical s’occupait tendrement de lui.

Le peau-à-peau : un moment exceptionnel

On y est, nos enfants sont nés, ils sont là ! Quelques minutes seulement après la naissance de nos deux merveilles, je dois prendre une décision difficile. Rester auprès de Pauline, qui vient de vivre une expérience traumatisante et laisser mes enfants seuls, ou bien laisser Pauline dans cet antre glaciale et suivre les sages-femmes afin de pratiquer le premier peau-à-peau, que Pauline espérait tant faire.

Je n’ai pas pu renoncer à laisser mes enfants sans peau à peau et j’ai donc quitté ce bloc opératoire, les larmes aux yeux et le cœur brisé de laisser Pauline là, seule.

On m’a emmené dans une petite salle pour les peser et les mesurer. Et on m’a proposé de faire le fameux peau-à-peau. Les sages-femmes ont alors installé ces 2 petits êtres contre mon torse nu et m’ont laissé profiter de ce moment exceptionnel. J’évitai tout mouvement brusque de peur qu’ils ne tombent. J’étais novice en la matière !

Le début de la vie à 4

Quelques heures plus tard nous avons rejoint Pauline qui venait de se réveiller. On a enfin pu profiter de nos premiers instants à 4 !

Nos trésors ont malheureusement été hospitalisés durant 15 jours environ dans une unité de soins mères-enfants. Malgré l’environnement peu chaleureux de l’hôpital, nous avons su construire un petit cocon à 4. Ces quelques jours étaient tellement intenses et puissants. Il n’y avait que nous !

Le retour à la maison a été difficile. Nous sommes passés d’un accompagnement 24 h/24 à une solitude totale. Il nous a fallu beaucoup de temps pour trouver nos repères et notre organisation. Mais nous y sommes arrivés !

Un an plus tard….

Aujourd’hui, mes fils ont 13 mois. Ils sont la plus belle chose qui me soit arrivé ! Devenir papa de jumeaux est merveilleux. Il s’est créé un lien fusionnel et tellement particulier.

Bien sûr tout n’est pas rose. C’est souvent fatigant, et il a fallu apprendre à se débrouiller.

Peu après la naissance de mes enfants, j’ai décidé de partager mon expérience sur un compte Instagram. J’ai choisi le pseudo de PapaPieuvre. Lorsqu’on est papa de jumeaux, il faut savoir se décupler. Et je vous assure que 8 tentacules, 9 cerveaux et 3 cœurs ne sont pas de trop pour gérer ces 2 petites tornades !

On a débarqué par hasard dans le monde de la gémellité avec nos questionnements, nos doutes et nos incompréhensions. Aujourd’hui c’est à nous d’accompagner et de conseiller les nouveaux parents qui se posent des questions. Alors, n’hésitez pas à me rejoindre !

Article posté le 5 juillet 2022 et mis à jour le 5 juillet 2022 dans Vos témoignages

Par Elodie

Maman de deux enfants, Elodie a rejoint l'équipe dernièrement pour partager sa vision d'une parentalité aussi bienveillante que souriante. Discrète, sensible et à l'écoute, elle accorde beaucoup d'attention aux autres, et notamment aux enfants. Soucieuse de vous offrir des articles précis, elle consacre du temps et de l'énergie à trouver les mots justes, ceux qui vous parleront naturellement. 


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