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Ma sage-femme est un homme comme les autres

Par Olivier - Mis à jour le 1 février 2024
Une sage-femme homme ou appelé aussi maïeuticien s'occupe d'ausculter une femme enceinte

Ils ne sont que quelques centaines à exercer, parmi des milliers de femmes. Si vous envisagez d’accoucher du côté de Millau ces prochains mois, vous le croiserez peut-être. Geoffrey est sage-femme. Il nous raconte son approche d’un métier très longtemps considéré comme le pré-carré des femmes.

Sommaire

Comment se résume ton quotidien au travail en quelques mots ?

J’alterne les gardes de jour et de nuit, 12 heures à chaque fois.  Je suis actuellement soit en salle d’accouchement, avec les consultations d’urgence, soit en suite de couche. Je ne fais pour l’instant pas de consultations programmées. Une autre sage-femme occupe ce poste.

Dans quel contexte as-tu choisi ce métier ?

Initialement, je voulais devenir dentiste, mais à la fin de la première année, je n’avais pas d’autres choix que sage-femme. J’ai choisi ce métier sans le connaître et sans me renseigner, en me disant que je pourrai toujours en changer ! Je pensais qu’une sage-femme était l’assistant du gynéco. J’étais loin de la vérité. Alors pourquoi ce métier ? Je ne sais toujours pas, peut-être le hasard, le culot, l’envie d’aider…

Qu’aimes-tu particulièrement dans ce métier ?

La plupart des sages-femmes répondent par le contact avec la patiente et le couple. Pour moi, c’est plutôt le côté technique, la montée d’adrénaline au moment des accouchements. Mais bien sûr, j’aime évidemment l’intimité partagée avec les parents et l’idée d’aider à donner la vie.

Un homme est-il aussi « sage-femme » ?

Et oui, un homme est aussi un ou une sage-femme. La sagesse renvoie au savoir. « Sage-femme » signifie « celui qui sait », celui qui connaît la femme et l’art de l’accouchement. Le terme « sage-femme » ne trouve donc pas son origine dans le genre du praticien mais dans le type de savoir. On nous appelle aussi des maïeuticiens. Le terme vient du grec « maïeutique » et désigne l’art de l’accouchement.

« Sage-femme : celui qui sait »

Combien y-a-t-il de sage-femmes hommes en France ? Est-ce une difficulté ou une chance ? 

Nous serions entre 16 et 18 000 sage-femmes en France, dont environ 2% d’hommes. Etre un homme est une chance dans cette profession. Nous offrons un regard différent et nous bénéficions d’une intégration plus facile au sein des équipes. Un homme sage-femme, ça se remarque !

Quel regard portent tes collègues féminins sur le fait d’avoir un homme sage-femme dans leur équipe? 

Elles portent majoritairement un regard positif. Elles sont plutôt contentes d’avoir un homme au sein d’équipes ultra féminines, ça change. Par le passé, il m’est néanmoins arrivé de rencontrer des collègues qui ne comprenaient pas qu’un homme puisse être sage-femme. Ce point de vue doit probablement s’expliquer par une vision ancienne de notre profession.

Le fait d’être un homme fait-il de toi un sage-femme différent ou comme les autres? 

Je suis un sage-femme comme les autres, j’ai les mêmes connaissances que mes consœurs. C’est le regard que portent les patientes qui marque cette différence.

Comment les femmes qui viennent consulter réagissent-elles ? Et leurs compagnons ? 

La plupart du temps, elles sont surprises et me posent quelques questions sur ma condition d’homme sage-femme, avant de passer à autre chose. Pour le conjoint, c’est parfois difficile d’accepter qu’un homme rentre dans l’intimité de sa compagne. C’est pour ça qu’on doit rester très professionnel pour ne laisser de place à aucune ambiguïté.

As-tu déjà essuyé des refus pour cette raison ?

J’ai déjà essuyé quelques refus. Le plus souvent pour des motifs religieux ou parce que certaines communautés n’acceptent pas qu’un homme prenne en charge leurs femmes. Mais dans la très grande majorité des cas, je ne rencontre pas d’opposition heureusement.

« A Mayotte, la polygamie est encore bien présente »

As-tu connu des situations insolites ?

Il y en a eu à la pelle. J’ai notamment travaillé à Mayotte pendant un an. Un jour, un homme entre dans une chambre pour voir sa femme et son bébé. Jusque-là, rien d’anormal. Mais 10 minutes plus tard, je le vois pénétrer dans une autre chambre où étaient installés une autre femme et son bébé. Je lui demande alors s’il s’est trompé de chambre et il me répond tout naturellement qu’il allait voir sa seconde épouse qui avait accouchée en même temps que sa première femme. A Mayotte, la polygamie est encore bien présente.

Comment prends-tu en compte le futur père dans ta prise en charge ? Penses-tu apporter un regard différent sur cette question ?

La vraie question consiste à savoir comment le futur père veut participer à l’accouchement de sa femme. J’essaie de m’adapter en fonction des désirs de chaque futur papa. Certains préfèrent rester assis sans parler, sans bouger, à la limite de l’asphyxie. D’autres sont plus actifs, aident moralement et parfois même physiquement leur femme ! Je peux naturellement comprendre la détresse de certains hommes qui se sentent impuissants. J’essaie donc de leur expliquer que leur présence est souvent apaisante et rassurante.

Quel est le meilleur moment dans ton job?

Lire la joie sur le visage des parents, quand un enfant vient juste de naître et que tout s’est bien passé. Chose que j’avais quasiment oublié après un an passé à Mayotte où la naissance d’un bébé n’était pas toujours un moment heureux. Et le second meilleur moment c’est le petit café du matin comme tout le monde!

Contre quoi renoncerais-tu à ce job ?

Pour une situation moins précaire car notre profession est durement touchée par le chômage ce que peu de gens savent. Il est extrêmement difficile d’exercer pour un(e) jeune sage-femme aujourd’hui.

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