Regrettez-vous d’avoir eu des enfants ?

14 Sep 2016

Regrettez-vous d’avoir eu des enfants ?

Le sujet interpelle l’Allemagne depuis plusieurs mois. Et le récent sondage publié par la société d’études de marché YouGov ne devrait pas calmer le débat. Outre-rhin, 20% des parents (pères comme mères) regrettent d’avoir eu des enfants, même s’ils les aiment.

Le débat a en réalité commencé bien avant la publication de ce sondage. En 2015 déjà, une étude* de la sociologue israélienne Orna Donath met le feu aux poudres. Elle y raconte le destin de 23 femmes de 25 à 75 ans qui ont découvert trop tard qu’elles n’étaient pas faites pour avoir des enfants, cultivant un regret silencieux pendant des décennies.

En vrac, on parle dans cette étude de « cauchemar » de « perpétuelle inquiétude », de « difficulté » ou encore de « poids permanent sur l’âme ». Si les mots sont tranchants, le texte a au moins le mérite d’avoir donné la parole à des femmes qui n’avaient jusqu’alors jamais pu exprimer leur mal-être. D’ailleurs, Orna Donath a depuis reçu de nombreux autres témoignages. Des émissions de télévision ont été diffusées. Des conférences ont été organisées. Un hashtag #regrettingmotherhood rassemble les échanges sur Twitter et des bouquins sur le sujet ont été publiés**.

Le diktat de la mère parfaite 

Si le débat a fait le tour du monde, c’est en Allemagne qu’il est le plus virulent. Et rien ne semble pouvoir l’éteindre. « En Allemagne, la conception de la maternité est celle d’un sacrifice total de soi », affirme ainsi Barbara Vinken dans Libération du 12 septembre 2016. L’étude remettrait « radicalement en cause la joie d’avoir des enfants dans une société qui attend tout des mères, et où les mères exigent tout d’elles-mêmes » poursuit l’auteure dans les colonnes du Figaro du 27 juin 2016.

En filigrane, ce débat interroge une nouvelle fois sur la place de la femme dans notre société, son rôle au sein de la famille et la pression imposée par le diktat de la mère parfaite. C’est sans doute la raison pour laquelle, en Allemagne, 40 % des diplômées de l’enseignement supérieur de plus de 40 ans n’ont pas d’enfant. Comme si la non maternité devenait le seul moyen d’échapper à un modèle qui semble faire souffrir de plus en plus de femmes.

* L’étude s’intitule «Regretting Motherhood : A Sociopolitical Analysis»

** « le Mensonge du bonheur maternel » de Sarah Fischer et «Quand être mère ne rend pas heureuse» de Christina Mundlos

Et vous ? Regrettez-vous d’avoir eu des enfants ? Comprenez-vous ce débat ? Que vous inspire-t-il ?

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Crédit photo : une famille au soleil couchant

25 réponses to “Regrettez-vous d’avoir eu des enfants ?”

  1. Walter 14 septembre 2016 at 10 h 17 min #

    Alors, pour ma famille art si c’était à refaire, j’hésiterais complètement. Et pourtant je voulais complètement avoir des enfants.

    • Olivier 14 septembre 2016 at 12 h 29 min #

      Effectivement, avant d’avoir des enfants, on a parfois tendance à idéaliser la parentalité. Et des fois, le retour à la réalité est rude… jusqu’à laisser des traces difficiles à effacer.

  2. LMO 14 septembre 2016 at 10 h 37 min #

    Marrant, j’ai publié sur le sujet aussi ce matin! 🙂
    Je crois qu’en tant que français, on a du mal à comprendre le débat parce que, mine de rien, le modèle de la mère est beaucoup plus libre… On peut dire ce que l’on veut sur la pression et tout (elle est réelle, certes), mais on a la liberté de dire fuck, on n’est plus trop jugées de mettre nos enfants à la crèche dès 3 mois, personne ne nous jette des pierres si on ne fait pas une pièce montée à chaque anniversaire, le débat « bib ou sein » reste assez cloisonné et on ne se fait pas insulter dans la rue si on fait l’un ou l’autre…
    En Allemagne, la pression semble être très très très au dessus de ce que l’on vit en France, expliquant ce phénomène de rejet de la maternité… Peut-être une façon pour les allemandes de dire « stop » et de réinventer un autre modèle parental, plus équitable entre le père et la mère, moins exigeant envers les femmes? Je leur souhaite!

    • Olivier 14 septembre 2016 at 12 h 32 min #

      Effectivement, à lire les différents articles sur le sujet, on a le sentiment que les allemands se sont enfermés dans un modèle difficilement supportable pour les femmes qui souhaiteraient vivre leur maternité comme elles l’entendent. Et en France, même si les jugements sont parfois durs, chacun reste libre de ses choix.
      J’ai bien aimé ton billet, qui offre un point de vue personnel sur tes aspirations de maman.

  3. sine 14 septembre 2016 at 13 h 53 min #

    C’est vrai que ce n’est pas facile tous les jours, et tant qu’on est pas parent on ne sait pas ce que ca représente , perso des fois je me dis j’aimerai juste 1 ou 2 heures seules me poser !!mais ce n’est pas POSSIBLE ! par contre je ne le regrette pas du tout c’est le plus beau cadeau du monde !!

    • Olivier 14 septembre 2016 at 14 h 15 min #

      C’est relou mais c’est top. Le grand paradoxe de la parentalité en quelque sorte !

  4. Emilie 14 septembre 2016 at 14 h 36 min #

    Je ne regrette pas une seconde. Je regrette les grasses matinée oui mais à part ça je ne regrette pas …

    Je pense que ce débat est légitime car les parents (et pas seulement les mères) ne sont pas « formés » au rôle de parent.
    La place de l’enfant a évolué, on lui accorde plus de place dans la famille, il prend pleinement un rôle de petite personne et c’est donc une nouvelle forme de parentalité qui si je suis convaincue de son bien fondé est aussi plus energivore car différente (parfois) de notre propre éducation.

    Il faut composer, apprendre, réfléchir, prendre du recul et tout le monde n’en a pas envie ou n’en a pas la capacité …

    • Olivier 14 septembre 2016 at 15 h 25 min #

      Je ne sais pas si cet aspect entre en lignes de compte dans cette analyse du cas allemand mais, une chose, est sûre, les parents français manquent clairement d’accompagnement pour mieux saisir toutes les subtilités de leur nouveau rôle. Bien d’accord avec toi.

  5. PapaBackstage 14 septembre 2016 at 16 h 43 min #

    Effectivement, sujet à la mode, j’avais fait un billet il y a une quinzaine de jours environ.
    Comme tu le dis, on a tendance à idéaliser la parentalité : un bébé c’est trop mignon, le premier « Papa » ou « Maman » nous tarde et on pense même aux premières parties de foot qu’on pourra faire avec. Le reste, même si les proches jouent les prophètes, on le zappe complètement. Heureusement sinon il n’y aurait plus de gamins !

    On peut regretter tout un tas de chose comme les grasses mat’, les soirées arrosées, les sorties sur un coup de tête etc. Mais de là à regretter totalement d’avoir eu un enfant, j’avoue que le concept m’échappe.

    Il faut aussi prendre en compte le changement de notre société. De plus en plus de couple ont des enfants très tard (dans les 40 ans) ce qui est, par rapport à quelques décennies en arrières, assez surprenant. En cause, essentiellement le travail… Il est dur d’en trouver un et quand on l’a, on ne veut pas l’abandonner, donc on repousse l’âge de la grossesse et puis au fil du temps… on se dit qu’il est trop tard…

    Débat malheureux mais très intéressant.

    • Olivier 15 septembre 2016 at 13 h 26 min #

      Tout ce que tu dit est vrai. Néanmoins, on ne peut comparer la situation en France et en Allemagne. La pression sur les femmes n’y est pas la même, les représentations sur la maternité non plus, et le quotidien est différent. Du coup, je peux comprendre que cette question suscite plus de réponses négatives chez eux que chez nous.

      • Karima 15 septembre 2016 at 15 h 12 min #

        C’est sûr qu’il est vraiment difficile d’allier vie de famille, travail et loisir sans certaines difficultés… Les patrons étant assez exigeants et ne prenant pas du tout en considération la parentalité (quelque soit le sexe de l’employé mais particulièrement pour la mère qui reste quand même la plus sollicitée en bas-âge!) Du coup dur dur de ne pas laisser des éléments extérieurs interférer dans certaines décisions familiales (un enfant, deux ou pas du tout!) Mais de là à dire que faire un enfant est un regret c’est quand même bien triste pour l’enfant et pour soi-même… PS : Olivier, as-tu publier d’autres textes sur l’enfant unique ? Merci pour ta réponse

  6. Doudou 16 septembre 2016 at 10 h 45 min #

    Bonjour,
    c’est vrai que ça m’arrive de me dire « qu’avant c’était bien mieux… plus libre plus facile et sans contrainte »… je parle globalement (couple et enfant)…
    Mais concrètement, j’ai du mal à imaginer ma vie sans ma fille et sans ma femme plus de quelques secondes… elles sont une réalité que je n’ose pas imaginer autre.
    Alors oui je maudis ce peu de temps que j’ai pour moi, pour geeker et jouer, ou même cette vie de fête et soirée que j’ai eu il y a déjà plus de 10 ans… mais quelque part, on vieillit, et naturellement, est-ce raisonnable de penser qu’on aurait le même rythme aujourd’hui, sans enfants et/ou sans femme à ses côtés… les vieux beaux dans les soirées ne sont pas encore à la mode !
    Je préfére me dire que je suis à ma place, et profiter et apprécier les moments d’accalmies, de calme que l’on peut choper par ci par là et le reste du temps être Papa et compagnon à 100%, car le rire aussi bien que les larmes, je ne voudrais jamais au grand jamais ne pas les avoir vécu, cela fait chaud au cœur d’être là pour elles, et on se sent tellement plus vivant quand on compte pour quelqu’un… non ?

    • Doro 16 septembre 2016 at 11 h 22 min #

      J’adore votre commentaire cher papa !! Profitez à fond de votre adorable famille !!

      • Doudou 16 septembre 2016 at 11 h 29 min #

        Merci, j’essaye 🙂
        En ce moment, c’est la période « début à l’école », et franchement, ce n’est pas facile d’y laisser son enfant, notamment selon les réactions de celui-ci… surtout que c’est trop éloigné pour soit pour bien comprendre ses réactions ! Malgré cela, on fait au mieux pour rassurer, expliquer et accompagner ce grand changement qu’est l’école pour ma pépette (qui coule beaucoup de larmes chaque matin mais qui n’en ai pas moins mécontente le soir en rentrant, quand je l’écoute expliquer, avec ses mots, sa journée de petite écolière) 😀

        • Doudou 16 septembre 2016 at 11 h 30 min #

          désolé y a quelques fautes de frappes dans mon com (soi sans t ! erf…)

          • Olivier 16 septembre 2016 at 11 h 43 min #

            Bien d’accord avec toi. Même si je pense qu’on imagine pas la solitude et les douleurs que peuvent supporter certains parents allemands face à un modèle culpabilisant qui n’a pas cours chez nous.

  7. aaah c'est dur d'être maman 26 septembre 2016 at 16 h 37 min #

    oui tous les jours

    • aaah c'est dur d'être maman 26 septembre 2016 at 16 h 39 min #

      c’était une blague évidemment. Maman de trois enfants rapprochés (3ans entre le 1er et la dernière), j’avoue que c’est dur parfois, souvent même mais si je devais revenir en arrière, je ferai tout pareil.
      Par contre, même si on est en France, ma carrière en a souffert, en souffre…

  8. Pierrot 11 octobre 2016 at 16 h 43 min #

    Salut,
    En ce qui me concerne, avoir un enfant a fait de moi quelqu‘un de meilleur. De plus, il a apporté beaucoup de joie à notre petite famille.
    Ciao.

    • Olivier 12 octobre 2016 at 9 h 24 min #

      Pareil ici, malgré les difficultés 🙂

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