Comment j’ai raté le début de ma vie de père

5 Déc 2018

Comment j’ai raté le début de ma vie de père

Il faut que je vous fasse un aveu : je ne suis pas le super papa que certains imaginent en lisant ce blog ou en parcourant la page Facebook éponyme. J’ai même carrément planté le début de ma vie de père.

Si je devais noter ma prestation, je m’octroierais un généreux 2/20, avec une mention sauvagement griffonnée au Bic rouge : « hors sujet ». Le genre de devoir que le prof rend en appuyant son regard froid sur la mine piteuse d’un élève qui se désagrègerait volontiers sur place s’il le pouvait, comme pour masquer sa honte.

Certains d’entre vous ont sans doute flairé le pot aux roses en jetant un œil aux quelques billets faisant état de mes errances paternelles, comme ici ou . Deux exemples parmi tant d’autres.

Pourtant, je le voulais ce gamin. 4 ans de combat pour l’accueillir. Mais non, je suis passé à côté. Littéralement. Jusqu’au moment où il a fallu remonter la pente.

Rater le début de sa vie de père en 6 étapes

Pas encore convaincu ? Vous voulez des preuves ? Très honnêtement, ce n’est pas ça qui manque. En voilà déjà 6.

1 | Je suis passé à côté de l’accompagnement proposé à ma femme

Si la grossesse offre aux femmes l’occasion de ressentir physiquement les changements qui s’opéreront prochainement dans leurs vies, les hommes vivent souvent ces 9 mois par procuration. Je crois que c’est ce qui m’est arrivé. J’ai passé toutes ces semaines comme accroché à un fil, celui du bien-être de la future maman, jusqu’à en oublier de préparer moi aussi le bouleversement radical qui m’attendait. Il faut dire que je n’ai pas été aidé par les professionnels de santé qui l’accompagnaient et qui n’ont pas porté le moindre intérêt ni à ma présence quasi-systématique ni à mes questions. En même temps, rien d’étonnant quand on prend le temps de constater la place que notre société réserve aux pères.

2 | Je n’ai pas profité des 9 mois de grossesse pour me poser les bonnes questions (celles qui résonnent avec ce que je suis)

Autant vous le dire, les futurs parents se posent souvent les mauvaises questions. Et les pères encore davantage que les mères, pour les raisons évoquées ci-dessus. On ne peut pas dire que je n’ai rien glandé des 9 mois de grossesse de ma femme. Je me suis documenté sur l’accueil d’un bébé et les soins à lui apporter, j’ai préparé sa chambre, acheté et installé l’équipement nécessaire, j’ai confronté ma vision de la parentalité avec ma compagne, j’ai ouvert un album et consigné toutes les pensées que j’avais envie de partager avec ma fille, je me suis inquiété de mon rôle… bref, j’ai brassé du vent, omettant au passage de m’interroger sur ce que je suis profondément, sur mon rapport à la vie, mon instinct surprotecteur, mon histoire, mes peurs sourdes, mes failles et mes silences. Autant de sujets majeurs à aborder pour envisager une paternité sereine. Et quand la marmite pète, ça fait un gros boum comme je l’ai raconté il y a quelque temps sur le blog de ma copine Zozomum.

3 | J’ai pris conscience de ma nouvelle condition de père le jour de la naissance de ma fille

Résultat des courses : j’ai réellement pris conscience de ma nouvelle condition de père le 31 mai 2011 à 5h56, lorsque la sage-femme a posé ma fille dans le creux de mes bras. 3 kilos de responsabilité, ça pèse plus qu’on ne l’imagine quand on ne s’y attend pas vraiment. Les premiers jours, j’étais comme sidéré, m’empêchant presque de ressentir pour ne pas dégueuler d’émotions contradictoires, entre bonheur et effroi. C’est à partir de ce moment précis qu’une boule d’angoisse est venu se glisser au cœur de mes entrailles. Elle ne me quittera que plusieurs années plus tard, aux prix de lourds efforts et d’un long travail introspectif.

4 | Je n’ai pas anticipé les comportements de bébé

On sait tous qu’un bébé pleure beaucoup. Que son sommeil peut s’avérer anarchique. Que ses attitudes énigmatiques sont susceptibles de laisser dubitatifs des adultes normalement constitués. Mais on n’imagine pas avec quel point ces différents comportements peuvent résonner chez des parents qui s’attendaient plutôt à vivre dans un champ de chamallow, entre un troupeau de licornes et le village des Bisounours. Bref, je savais que ça allait être dur. Mais je ne l’avais pas encore réellement éprouvé.

5 | Je n’ai pas su gérer mes angoisses

Dans ce flot d’émotions contradictoires – je l’avoue – je me suis noyé. Conscient des angoisses qui me parcouraient, j’ai mis du temps à mesurer la place qu’elles prenaient, trop absorbé à accomplir le job. Et je me suis aperçu tardivement des conséquences qu’elles pouvaient générer dans mon quotidien et mes relations. Jusqu’à ma fille qui – comme tous les bébés – était alors une véritable éponge.

6 | Je n’ai pas pris en compte ces signaux qui me pétaient pourtant aux yeux

Soyons clairs : quand on n’a pas envie de voir un truc, on ne le voit pas. Pendant tout ce temps, mon corps avait beau tirer la sonnette d’alarme, ma femme pointer l’évidence avec tact, mes amis m’interpeller, je ne me rendais compte de rien. Jusqu’au déclic. Il aura fallu une conversation anodine pour que la réalité me pète enfin à la tronche comme si, dans un éclair de lucidité, je reprenais enfin le contrôle.

Que faut-il retenir de cet article ?

Si vous lisez ce blog régulièrement, vous savez que je n’ai pas l’habitude de m’y appesantir sur mon sort. J’invite plutôt tous les parents qui se reconnaîtront de près ou de loin dans cette description à prendre du recul, à composer avec la difficulté, à exprimer leurs émotions, à s’ouvrir, à accepter leurs failles, leurs faiblesses et leurs errances. Apprenez à vous connaitre plutôt qu’à subir ces représentations de parentalité parfaite qui pullulent. Enfin, restez convaincu que – quoi que vous puissiez en penser – vous êtes le meilleur des parents pour votre enfant. Et votre envie de vous dépasser pour lui vous rend encore plus beau à ses yeux.

Et vous ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées au début de votre vie de père ou de mère ?

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Crédit photo : Shutterstock

16 réponses to “Comment j’ai raté le début de ma vie de père”

  1. Agnès 5 décembre 2018 at 17 h 32 min #

    Super article (et super blog) 🙂

    Même si je ne comprends pas exactement ce qui a été raté dans ta vie de père. Personnellement, j’ai une fille de 5 ans et un petit garçon de 2 ans. Je suis épuisée et il m’arrive quelquefois de me demander si j’ai bien fait d’avoir des enfants.

    Je suis arrivée ici en tapant sur Google : Les parents de Caillou sont insupportables … ^^

    Je ne sais pas si tu connais ce dessin animé… Bref, ces parents sont trop parfaits et me culpabilisent.

    Alors ce genre d’articles fait du bien.

    La seule chose qu’il faut garder à l’esprit, c’est que les enfants n’ont pas besoin d’un père ou d’une mère parfait(e) mais d’un père ou d’une mère heureux(se).

    Depuis que je sais ça, je me fais plaisir, je regarde les films et les séries que j’aime, je partage ça avec mes enfants. Je joue aux jeux vidéos (j’avais arrêté ça parce qu’une maman qui joue aux jeux vidéos, ce n’est pas bien…) mais j’ai repris sauf que maintenant je partage mes passions avec mes enfants, ma fille joue avec moi tandis que mon fils regarde. Alors oui, je ne fais pas vraiment d’activités manuelles avec mes enfants contrairement à mes amies mais je remarque que mes enfants sont heureux de partager des activités qui plaisent à leur maman. C’est le principal (et de toute façon, je n’aime pas les loisirs créatifs).

    • Olivier 6 décembre 2018 at 14 h 45 min #

      S’il n’y avait que les parents de Caillou qui étaient parfaits, ça pourrait passer. Mais ils sont tous comme ça (à part Homer et Marge, mais ce n’est pas un dessin animé pour les petits).

  2. Caro - WondermMumBreizh 5 décembre 2018 at 18 h 24 min #

    J’avais très peur pour le papa de ma fille quand je lui ai appris ma grossesse. Il a une histoire pas simple avec son propre père et a mis longtemps à vouloir cet enfant.

    Mais il m’a épaté. Déjà il en a parlé a son meilleur ami qui avait adoré les séance d’haptonomie durant la grossesse de sa copine. Nous en avons donc fait à notre tour. Et la magie a opéré ! Je pense que grace à ca il est devenu papa bien avant mon accouchement.

    Le jour de la naissance, il a pris Pantouflette comme s’il l’avait toujours connu. Il savait comment la toucher, la prendre, il m’a impressionné par sa dextérité. Lui qui fuyait à chaque fois qu’on lui proposait de porter un bébé.

    • Olivier 6 décembre 2018 at 14 h 48 min #

      Ton com’ montre bien une chose : il faut libérer la parole. Les futurs pères doivent se sentir aussi libre que les futures mères d’exprimer ce qu’ils ont sur le coeur…

  3. Charlotte - Enfance Joyeuse 6 décembre 2018 at 11 h 05 min #

    Je trouve que la conclusion dit tout : vous êtes le meilleur parent pour votre enfant. !

    • Olivier 6 décembre 2018 at 14 h 49 min #

      En vrai – mais ne dit rien à personne – j’ai écrit cet article dans un seul objectif : aboutir à cette conclusion qui me parait si éclairante

  4. Elisa 6 décembre 2018 at 11 h 31 min #

    Ben si c’est ça passer à côté de son rôle, on est tous passés à côté…Le mien est de 2011 également et toutes ces angoisses, je les reconnais aussi. Elles ne m’ont, d’ailleurs, jamais quittées complètement. Le père de mon fils était totalement démissionnaire au début…c’était une vrai catastrophe.
    Les femmes sommes traités comme mourantes sans avoir le droit de nous plaindre pendant les 9 mois de grossesse et vous, complètement, ignorés…Bref, beaucoup de progrès à faire dans les mentalités.

    • Olivier 6 décembre 2018 at 14 h 50 min #

      Pour ouvrir le dialogue, écouter, apprendre à décrypter les mots comme les attitudes aussi… oui, il y a du travail

  5. Vanessa 6 décembre 2018 at 13 h 43 min #

    Merci pour cet article et merci pour ce blog déculpabilisant, pleins de conseils, d’humour et de sentiments ! J’ai arreter de suivre sur les réseaux la plupart des comptes que je regardais pendant ma grossesse car les parents parfaits en sont venus a me faire douter et culpabiliser ! Mqis ce blog je l’adore je penses qu’on s’y retrouve tous ! Merci aussi de penser aux papas !

    • Olivier 6 décembre 2018 at 14 h 51 min #

      C’est en lisant des commentaires comme le tien que je me souviens – 7 ans plus tard – pourquoi je continue à animer ce blog…

  6. WorkingMutti 6 décembre 2018 at 16 h 12 min #

    Merci pour ce joli article. C’est juste désolant de voir que les pères sont toujours laissés de côté, même dans les cours de préparation à l’accouchement ET à la parentalité. Juste l’autre parent de l’enfant hein. Parce que l’arrivée d’un enfant ne va pas autant le bouleverser que la maman …

    • Olivier 6 décembre 2018 at 16 h 27 min #

      Un jour, ça changera… il ne faut surtout pas lâcher !

  7. Mathilde 6 décembre 2018 at 17 h 46 min #

    Pour être honnête je suis ton blog de loin en loin… mais cet article est apparu sur ma page Facebook et J’ ai cliqué… par curiosité… me demandant comment un homme pouvait si facilement ( et publiquement) assumer ses failles, ses erreurs… et je t’ ai lu… et je me suis dit  » il a tout compris »… je suis maman de jumelles de 5 ans et d’ une petite cacahuète de 4ans… Mon mari et moi étions loin d’ être des parents  » parfaits » comme les bouquins, les sites et les blogs, vlogs de familles nombreuses nous abreuvent… et nous avons fait l’ erreur monumentale de vivre notre parentalité explosive et galopante (10 ans de couple avant d’ être parents de 3 en 18 mois) chacun de notre côté: moi dans la logistique domestique à en être submergée et asphyxiée et mon mari dans la gestion financière à en être insomniaque et dépassé de travail… résultat des courses: un couple en mode pilote automatique, des parents dans le doute permanent et des enfants toujours plus demandeurs… et puis J’ ai lâché prise… je n’ ai rien abandonné mais je me suis simplement rendu compte que si les pyjamas n’ étaient pas repassés ça ne changerait rien à notre vie, que pour une fois on pouvait manger une pizza surgelée au lieu des sacro-saints petits pois carottes bio ecossés frais, que le vendredi quand on rentre de l’ école on se mate des DVD de Tom et Jerry en boucle affalees dans le canapé avec une grosse tartine de Nutella ( et tant pis pour le tapis pour une fois)… et depuis tout est plus simple… et si pendant 3 ans J’ étais sûre de ne pas être la mère parfaite pour ces trois petites pommes là, je suis maintenant sûre que je suis la meilleure mère Qu’ elles pouvaient avoir…
    Merci de nous le rappeler à nous les parents que l’ on soit père ou mère… nous faisons ce que l’ on peut mais du mieux que nous puissions le faire…

    • Olivier 7 décembre 2018 at 9 h 10 min #

      Ton témoignage montre que les commentaires de ce blog sont au moins aussi importants que les articles. Bref, tu as tout dit !

  8. Nath 7 décembre 2018 at 17 h 01 min #

    Les mentalités commencent à changer. En tout cas j’en ai l’exemple avec l’hôpital dans lequel j’ai accouché. Les pères sont fortement incités à assister aux cours de préparation et ils ont une séance rien que pour eux, sans les mamans pour que leur parole soit libérée justement. Je trouve cela top!
    Et merci pour votre honnêteté!

    • Olivier 7 décembre 2018 at 17 h 07 min #

      Effectivement, ça change peu à peu. Mais il faut encore faire preuve de vigilance, et ne pas hésiter à applaudir les bonnes pratiques en la matière, comme l’hôpital auquel tu fais référence.

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